Baroque

L'art baroque
Le style baroque émerge au début du XVIIè siècle en Europe occidentale. Baptisé en France "le Grand Siècle", il fût extraordinairement fécond dans le domaine des arts, de la littérature et de la philosophie. Le terme "baroque" est emprunté aux historiens d'art. Les musicologues allemands du XIXè siècle l’associèrent ensuite à cette époque. Elle est marquée l'éclat, le goût pour les apparences, le sens de la grandeur voire de la démesure et la recherche de contrastes défiant les limites techniques des arts.

Le style baroque en musique
La période baroque, qui s'étend de 1600 à 1750, est unifiée par deux traits essentiels.
Sur le plan esthétique, elle se caractérise par l'imitation de la nature. En effet, entre 1609 et 1610, Kepler et Galilée font des découvertes sur le mouvement des planètes. La musique n'est plus conçue comme reflétant la cohérence de l'univers mais comme la représentation du monde terrestre. C’est désormais la description des passions (ou affects) qui prime.
Sur le plan de l'écriture musicale, elle a souvent été dénommée "ère de la basse continue", par opposition à la musique de la Renaissance, marquée par la polyphonie. Les nouveautés des principes d'écriture de l'époque baroque ne supplantent pas cette pratique: elles s'y ajoutent. Pour Rousseau, "une musique baroque est celle dont l'harmonie est confuse, chargée de modulations et de dissonances, le chant dur et peu naturel, l'intonation difficile et le mouvement contraire" car elle s'inscrit dans une pensée contrapuntique qui n'est pas propre au chant. Mais la tonalité remplace la modalité renaissante et le sentiment tonal est désormais articulé par des cadences. Cette écriture se caractérise par la brièveté de ses éléments sonores et souvent un style fugué, entre contrepoint et harmonie. Elle oppose différents tempi, la polychoralité et un style concertant dans sa masse sonore, mais également les nuances et échos dans sa dynamique. En somme, à la clarté s'oppose la puissance.

   La naissance de l'opéra
Le grand genre de l'opéra naît avec l’Orfeo de Monteverdi en 1607. Il combine un style musical inédit à l'importance nouvelle de l'espace et de la scène. Il repose sur le principe d'alternance airs et de récitatifs, de passages sombres et d'autres plus gais, soit une musique construite sur des contrastes.
La musique se met au service du texte par souci de renouvellement de l’expression : l'expression des passions, ou affects, passe d'abord par la voix.
Il semble très important à l’époque d'envisager la musique comme un langage. Mais comment bâtir un discours musical convaincant ? Il ne s'agit plus d’incarner un univers sonore harmonieux, mais de traduire l'émotion suggérée par le mot. Le texte est à l’origine de la pièce, ses images, affects, déterminant la mise en musique. Telle figure musicale est associée à un tel mot. Bach illustre parfaitement le propos en utilisant le figuralisme de la croix pour évoquer la crucifixion du Christ, ou le chromatisme descendant de la basse pour représenter le pêché dans ses chorals de la Passion selon Saint-Matthieu (1729). 
L'apparition du genre de l'opéra reflète cet effort de recherche et d'innovation et éclipse la musique instrumentale.

Enfin, les genres prédominants de l'ère baroque sont la sonate en trio, les pièces pour orgue, les concertos grossi, la fugue, les suites de danse pour la musique instrumentale, et les messes, l'opéra, l'oratorio et les cantates pour la musique vocale. 

Camille Pépin