Quelques éléments d'histoire
La fugue est apparue dans la seconde moitié du XVIIè siècle, mais ses origines sont anciennes et multiples. Par sa simplicité de conception, le canon s'inscrit au premier rang de cette généalogie. En réalité, ce sont tous les modèles utilisant la technique de l'imitation qui forment l'histoire de la fugue. Les compositeurs italiens ont donné au canon le nom de fuga "fuite", dont nous trouvons de nombreux exemples chez Frescobaldi (1583-1643) en Italie ou Froberger en Allemagne. A la fin du XVIIè siècle, la fugue parvient à une première maturité dans l'oeuvre de musiciens allemands tels que Buxtehude ou Pachelbel. Au début du siècle suivant, Jean-Sébastien Bach nous lègue un apport décisif en multipliant les fugues pour orgue, clavecin ou ensembles instrumentaux et vocaux, comme dans ses vingt-quatre préludes et fugues, publiés en deux recueils en 1722 et en 1744, ou dans l'Art de la fugue de 1749. Malgré les réussites de Mozart (dans le Kyrie de son Requiem) et le renouvellement offert par Beethoven (La Grande Fugue de 1826), la fugue perd de son importance. En effet, son principe de sujet unique ne permet pas une exploitation conséquente de la logique musicale proposée par la tonalité. Mais, en tant que principe formel, elle sollicitera encore de nombreux compositeurs.
L'écriture fuguée, un procédé formel complexe
La fugue passe pour le plus intellectuel de tous les genres par son principe de hiérarchisation des voix absolument original. Généralement à quatre voix d'égale importance, il se fonde sur un équilibre analogue de tous les éléments thématiques. Les voix rentrent successivement, à la manière d'un canon, et présentent un motif mélodique et/ou rythmique appelé "sujet", parfois suivi d'un contre-sujet, qui est à la fois sa réplique et son complément. Ainsi, la première voix nous présente le sujet, et lorsque vient le tour de la seconde, le contre-sujet est superposé à son sujet. Ce sont les éléments clés de la fugue. Lorsque toutes les voix sont entrées, l'exposition est close et s'ouvre alors un second volet, le développement, qui consiste en une exploitation plus libre de ces éléments clés. Le compositeur s'amuse avec ceux-ci, d'où le nom de "divertissements". Ils peuvent être transposés et transformés par diverses techniques de contrepoint. C'est la succession de ces retours et de ces divertissements qui construit la fugue jusqu'à la troisième partie appelée "la strette". Sujet et contre-sujet s'entremêlent ici dans un contrepoint inextricable, entrelacés de façon toujours plus stretta "serrée" dans cette section finale, où la puissance émotionnelle de la pièce atteint son sommet au moyen de notes pédales, jusqu'à l'accord conclusif.
En conclusion…
L'oeuvre de Bach nous offre une synthèse magistrale de la fugue, avec une maîtrise du contrepoint jamais égalée, tout en utilisant l'harmonie à des fins expressives La fugue voit son déclin dès le XIXè siècle mais certains compositeurs comme Brahms ou Stravinsky s'intéressent encore à son principe formel, dont les procédés employés sont seuls fruits de l'homme et de son génie.
Camille Pépin