La sonate
Quelques éléments d'histoire
La sonate prend son origine de la canzone a sonar, littéralement "chanson à sonner" dans l'Italie du XVIe
Siècle, ce qui signifie la faire entendre dans sa version instrumentale. La canzone a sonar évolue rapidement vers la sinfonia et la sonate. Les italiens cultivent deux genres: la sonata da chiesa, ou sonate d'église, et la sonata da camera, sonate de chambre. La première comporte un mouvement d’écriture fuguée, tandis que la seconde est une suite de danses qui enchaîne des épisodes contrastés. Jean-Sébastien Bach, quant à lui, fait appel à la simple formation violon-clavecin, et c'est au compositeur Kuhnau que l'on doit l'adaptation pour clavier seul. A cette époque, la sonate se sépare radicalement de la suite de danse, par l'exclusion de tout mouvement de danse et grâce à l'éclosion du pianoforte. Les protagonistes du "classicisme viennois" jouent un rôle de premier plan dans ce processus: Haydn (1732-1809), suivi de Mozart et Beethoven.
Dès cette période, apparaît l'ambiguïté du terme « sonate », qui désigne deux réalités musicales.
La sonate, une forme… et un genre
La sonate comme forme permet d'opposer deux « personnages », deux idées musicales, en général opposées, à la manière d'un air d'opéra, dans lequel le héros peut s'exprimer différents sentiments. L'intérêt de cette forme réside donc dans sa force dramaturgique.
Carl Philip Emmanuel Bach (1714-1788) est souvent considéré comme l'inventeur de cette forme. Dès son premier recueil de sonates pour clavier, Les six prussiennes (1742), l'on trouve deux thèmes. Mais la recherche de la première forme sonate est un exercice assez vain. En réalité, l'on trouve déjà des ébauches chez Jean-Sébastien Bach ou Domenico Scarlatti. Nous notons seulement que le développement d'un second thème coïncide avec la période tourmentée de L'Empfindsamkeit (mouvement tempête et passions) et correspond bien à cette esthétique opposée à l'esprit classique où la continuité de ton était la règle. Apparaît alors un système neuf fondé sur l'exploration de tonalités et de modes différents. Dès CPE Bach, la nécessité d'un second thème s’impose en adoptant une structure tripartite.
Voyons comment elle s’organise… L'exposition présente les deux thèmes, l'un au ton principal et l'autre à la dominante ou au relatif, reliés par un pont permettant la modulation. Ces deux thèmes contrastants, éléments clés de la pièce, gardent tout de même l'unité nécessaire à la cohérence de la pièce. Le développement est une exploitation libre de chacun des deux thèmes exposés précédemment et explore des tonalités voisines nouvelles. Enfin, la réexposition ne fait que reprendre l'exposition mais en présentant les deux éléments clés dans le ton principal. La coda clôt la forme sonate.
La sonate comme genre, comporte divers mouvements: trois au début du classicisme puis quatre. Ils se caractérisent par leurs indications de tempo et obéissent à des structures formelles en vigueur au XVIIIè siècle: forme sonate pour le premier, forme lied pour le second, parfois menuet-trio et enfin une forme rondo. Il faut noter que l'apparition du menuet n'a eu lieu que sous l'influence de Mozart. La formation instrumentale est assez libre même si la prédominance des sonates pour piano seul et piano/violon est évidente.
Beethoven s'inscrira comme le maître incontesté de la forme sonate (trente-deux sonates pour piano dont la fameuse sonate "Au clair de lune" et dix sonates pour piano et violon), remaniant les procédés formels avec une virtuosité remarquable, tout en respectant les traditions léguées par ses prédécesseurs. La sonate intéresse et s'enrichit avec les siècles. Nous pouvons notamment trouver des chefs d’œuvres chez Liszt, Berg et Dutilleux, qui n'ont écrit qu'une seule sonate pour piano, mais gigantesque, en 1853 pour celle de Liszt, et dans la première moitié du XXè siècle pour Berg et Dutilleux.
Camille Pépin