Quand on l’accusait de se complaire dans une musique
post-romantique, dans cette esthétique héritée du XIXème
siècle et revendiquée comme telle, le vieux Richard Strauss
avait une réplique implacable : n’avait-il pas inventé la
musique de l’avenir avec Elektra, au début du siècle ?
De fait, avec cet ouvrage fulgurant, Strauss donnait
au monde de l’opéra une oeuvre unique, où la musique
semble épouser les méandres de la psyché humaine comme
personne ne l’avait fait avant lui. Reprenant le drame
des Atrides au moment où la vengeance va avoir lieu,
il brosse quelques portraits saisissants de véracité,
une Chrysothémis toute de tendresse et de lumière,
une Clytemnestre torturée par les angoisses et le remords,
un Egisthe débonnaire et insouciant, et une Electre
pleine d’une rage mal contenue, portant son désir de venger
son père Agamemnon comme s’il se fût agi d’une mission divine. Œuvre magistrale et en tout point écrasante,
Elektra est de ces pages qui marquent à jamais.