Editorial
L’amour de l’art musical est un maillon dans la chaîne de l’art de vivre, de l’expérience au sens le plus universel, qui nous impose de vivre avec beaucoup d’hommes et d’être vécus par eux.
En un sens il s’agit d’accélérer l’écoulement des multiples choses que nous sommes capables de vivre.
Nous sommes souvent assoiffés de nouveaux contenus de vie ; la musique permet de respirer librement et de faire comparaître en soi le lien qui unit les sentiments à un vécu intérieur.
L’Opéra et l’Orchestre national de Montpellier vont essayer, désormais réunis, d’être tout entiers voués à la vie réelle de l’âme. Pour ce faire, nous allons nous efforcer sincèrement d’intégrer la nouveauté, de fixer le regard vers l’extérieur en faisant appel à des talents consacrés certes, mais essentiellement à de jeunes artistes prometteurs, chefs d’orchestre, chanteurs, metteurs en scène, costumiers, scénographes...
Le Festival de Radio France nous permettra de présenter à l’Opéra Comédie cette jeunesse qui a du génie en elle, une humanité très large et une énergie brûlante. Une jeunesse qui connaît particulièrement aujourd’hui le gouffre entre l’espoir et les désillusions.
Un avertissement mesuré, une manière de résister contre l’hébétude dans laquelle est tombé parfois notre goût artistique, dont les exaltations musicales et théâtrales ne sont souvent rien d’autre que snobisme et affectation.
Il est difficile de perdre un espoir qui est devenu un besoin.
Résistons ensemble !
Allons à la rencontre de ce jeune public des universités qui n’a pas toujours accès à la musique classique. Cette musique qui est pourtant aussi accessible que les autres.
Notre vocation extrême est d’ouvrir les portes de nos théâtres aux générations à venir en les exhortant à emprunter le chemin de la musique qui donne un sens à la citoyenneté et participe à la construction de la personnalité de chacun.
L’Agglomération de Montpellier et la Région Languedoc-Roussillon ont parfaitement conscience de l’importance et de la nécessité absolue du rôle d’un instrument tel que l’Opéra et l’Orchestre national.
Encouragés par l’action du Ministère de la Culture, et en particulier par celle de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, son directeur Didier Deschamps, les présidents Jean-Pierre Moure et Christian Bourquin, dont je tiens à souligner ici la largeur des vues respectives, perpétuent la politique généreusement engendrée par Georges Frêche.
Notre gratitude serait incomplète si elle ne s’adressait pas aussi à la Ville de Montpellier, son maire Hélène Mandroux et au Département de l’Hérault, son président André Vézinhet qui nous apportent un réel encouragement.
Pour la saison 2011-2012, le fait que j’aie dû prendre mes fonctions un an avant la date prévue et le retard des travaux indispensables effectués à l’Opéra Comédie nous obligent à une programmation de transition.
J’honore donc une programmation que je n’ai pas vraiment pensée hormis certains événements comme le récital de Natalie Dessay accompagnée au piano par Philippe Cassard ou encore le concert, à la tête de notre orchestre, du Maestro Riccardo Muti, notre plus grand contemporain qui surpasse les frontières mais qui n’a qu’un vœu intime, suprême, celui de faire partager la vérité de la musique.
Avec sa nouvelle scène entièrement reconstruite, avec son lambrequin restauré et son rideau de scène minutieusement reconstitué à l’identique d’après les documents de 1884, l’Opéra Comédie peut aujourd’hui rivaliser avec les plus prestigieuses scènes.
Pour sa réouverture, trois moments privilégiés en compagnie de l’Orchestre national : David Fray, tout d’abord, nous interprètera, avec ses amis Jacques Rouvier, Emmanuel Christien et Audrey Vigoureux, les concertos pour plusieurs claviers de Johann Sebastian Bach… Ludovic Tézier ensuite donnera un concert de grands airs et duos d’opéras romantiques avec Cassandre Berthon. Enfin, une nouvelle production des Noces de Figaro de Mozart, réalisée autour de jeunes talents prometteurs avec la collaboration de Jean-Paul Gaultier pour les costumes, sera le point d’orgue de cette réouverture.
De septembre à décembre, nous présenterons les trois dernières productions ordonnées par René Koering : Rusalka, dirigée par notre directeur musical Lawrence Foster, et dont le rôle titre sera interprété par Ekaterina Shcherbachenko, qui a récemment remporté le prestigieux concours de chant de Cardiff. Redécouverte majeure ensuite avec L’Arbore di Diana de Martin y Soler, ouvrage contemporain des grands chefs-d’œuvre de Mozart et trop injustement oublié aujourd’hui – occasion pour nous de retrouver Fabio Biondi à la baguette. Et pour les fêtes de fin d’année, Shirley et Dino nous proposeront une nouvelle mise en scène de ce sommet de l’opérette française qu’est La Belle Hélène d’Offenbach dirigée par Hervé Niquet.
Pour ma part, j’ai tenu à programmer Elektra de Richard Strauss avec Janice Baird sous la direction d’Aldert Vermeulen, dans la mise en scène de Jean-Yves Courrègelongue, un proche de Robert Wilson habitué de Montpellier et qui a collaboré depuis des années à mes mises en scène.
J’ai également tenu à offrir à nos artistes du chœur un concert qui leur sera entièrement dédié, avec au programme Via Crucis de Franz Liszt et le Requiem de Fauré, dirigé par Noelle Gény.
Einstein on the beach continuera la saison avec la première mondiale de la reprise de ce chef-d’œuvre de Lucinda Childs, Philip Glass et Robert Wilson. Considérée comme l’une des plus grandes réalisations artistiques du XXè siècle, Einstein on the beach permet ainsi à un nouveau public et à une génération complètement renouvelée de découvrir cette œuvre pionnière, qui se produira ensuite à Londres, à Toronto, à Brooklyn, à Berkeley, à Amsterdam.
Nous devons à Lawrence Foster, directeur musical, le choix de la plupart des concerts symphoniques de la saison. Parmi tous ces concerts qu’il m’est impossible de tous citer ici, on notera la Rhapsody in Blue de Gershwin, Concerto pour orchestre de Bartok, dirigé par Alain Altinoglu, la Troisième symphonie de Mahler sous la direction de Stefan Anton Reck. Du côté des grands solistes, nous aurons un beau programme imaginé autour de la violoniste Arabella Steinbacher avec le Concerto de Korngold et le Poème de Chausson, concert dirigé par Lawrence Foster, ou encore le pianiste Boris Berezovsky dans le 2e Concerto de Rachmaninov sous la direction d’Andris Poga. Nous aurons également le plaisir d’entendre la soprano Ann Petersen, les violonistes Olivier Charlier, Feng Ning et Solenne Paidassi, le percussionniste Biao Li – un jeune talent à découvrir absolument –, la mezzo-soprano Angelika Kirchschlager dans Les Sept péchés capitaux de Weill, et pour un programme entièrement consacré à la musique espagnole, la mezzo-soprano Lucia Duchonova et le pianiste Emmanuel Christien, que dirigera Lawrence Foster.
Le dernier concert de la saison dirigé par Lawrence Foster réunira au violon Sarah et Deborah Nemtanu et, au piano Mari et Momo Kodama.
Je ne voudrais pas oublier nos super-solistes la violoniste Dorota Anderszewska et le violoncelliste Cyrille Tricoire, qui joindront leurs talents dans le double concerto de Miklos Rozsa.
Un choix qui fait ressurgir des heures du passé, des moments doux-amers si passionnés.
A l’occasion de ce tout premier éditorial, je tiens aussi à saluer chaque artiste de l’orchestre et du chœur ainsi que tous ceux qui font le théâtre de l’ombre, celui de la lumière et chaque membre du personnel. Nous avons tous, dès que nous sommes impliqués, le même désir infini, conscient ou inconscient, les mêmes joies et les mêmes peines.
Les maximes de la société devraient nous empêcher de jamais transiger.
Ce qui donne de la force et de la concentration, c’est sans aucun doute le déroulement de l’instant et de s’abandonner à la sensation… de la musique !
Jean-Paul Scarpitta
Directeur
Opéra Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon